Pratiques et effets de la justice restaurative en France
Delphine Griveaud et Sandrine Lefranc · 2024
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Résumé
Rapport de recherche collectif et pluridisciplinaire, financé par l'IERDJ et le ministère de la Justice français, sur la manière dont la justice restaurative est pratiquée en France depuis sa consécration légale en 2014 et sur les effets qu'elle produit. Une équipe de recherche universitaire et de l'Institut français pour la justice restaurative a combiné un travail de terrain avec des personnes adultes et des adolescents. Il décrit un développement fragile au niveau national mais actif dans des territoires précis, des effets en général positifs pour les personnes qui participent et des limites méthodologiques pour mesurer la récidive. Il couvre le cas français à l'échelle nationale.
Thèmes
Contenu
Sommaire et résumé par chapitre
De quoi il s'agit
Ce rapport de recherche étudie le fonctionnement de la justice restaurative en France depuis que l'article 10-1 du Code de procédure pénale l'a intégrée en 2014, et les effets qu'elle produit. Il l'analyse sur trois plans : comme politique publique du gouvernement et de l'institution judiciaire, comme activité de professionnels et professionnelles et de bénévoles, et comme expérience des victimes et des personnes auteures d'infractions. Il a été rédigé par une équipe pluridisciplinaire qui a réuni des chercheuses universitaires et des membres d'associations spécialisées et des écoles nationales de l'administration pénitentiaire et de la protection judiciaire de la jeunesse. Il s'adresse à celles et ceux qui conçoivent, financent, coordonnent ou évaluent ces dispositifs, ainsi qu'au monde académique. Son approche est celle des sciences sociales : observation directe de médiations et de rencontres de groupe, entretiens et groupes de discussion dans plusieurs villes, plutôt que des enquêtes de satisfaction ou des mesures de récidive.
Table des matières commentée
- Introduction : Restaurer la justice ? (Introduction : restaurer la justice ?). Présente le cadre légal français, les différentes pratiques regroupées sous le nom de justice restaurative et son arrivée dans le pays. Délimite l'objet d'étude à la version majoritaire, liée au système pénal et centrée sur les médiations restauratives et les rencontres de groupe entre victimes et personnes condamnées.
- 1. Évaluer la justice restaurative. Préalable méthodologique (1. Évaluer la justice restaurative. Question méthodologique préalable). Relate comment la recherche s'est constituée en partenariat avec les organisations du secteur et décrit les terrains observés. Passe en revue les évaluations françaises et internationales, leurs critères et leurs limites, et propose d'évaluer la politique publique, la mobilisation professionnelle et les effets sur les personnes qui participent.
- 2. Une politique publique de « faible intensité » (2. Une politique publique de « faible intensité »). Montre que, malgré le consensus politique et le soutien déclaré du ministère de la Justice, la justice restaurative se diffuse peu, est déléguée à des associations aux ressources limitées et demeure aux marges de l'institution judiciaire. Analyse les coalitions locales hétérogènes qui la soutiennent et leurs différences organisationnelles et culturelles.
- 3. Qui sont les « bénéficiaires » de la justice restaurative ? (3. Qui sont les « bénéficiaires » de la justice restaurative ?). Signale que la rencontre directe entre une victime et la personne auteure de l'infraction est peu fréquente et décrit les profils des personnes qui participent, en général des personnes isolées et souvent liées à des violences sexuelles ou conjugales. Inclut les professionnels et professionnelles comme bénéficiaires et analyse la dimension de genre de ces pratiques.
- 4. Entre thérapie et « regain » d'État. Les effets de la justice restaurative sur les justiciables (4. Entre thérapie et « regain » d'État. Les effets de la justice restaurative sur les justiciables). Examine les effets sur les victimes et les personnes auteures : la retrouvaille avec un État qui offre du temps et de l'écoute, la reconnaissance, la décharge émotionnelle et l'amélioration de l'estime de soi. Discute les limites de la responsabilisation individuelle et le rapport de ces pratiques à la thérapie, y compris la controverse avec la commission française sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE).
- Conclusion (Conclusion). Résume les effets en général positifs mais individuels des mesures, qui n'atteignent ni l'environnement social ni les causes structurelles des violences. Met en garde contre la fragilité du système, le manque de ressources et l'épuisement du bénévolat, et mentionne des voies institutionnelles possibles.
- Annexes (Annexes). Réunissent le tableau des matériaux recueillis, les textes normatifs français sur la justice restaurative, les guides d'entretien et de groupes de discussion, les caractéristiques sociodémographiques des terrains et le débat à l'Assemblée nationale durant la XVIe législature.
- Bibliographie (Bibliographie). Liste les références citées tout au long du rapport.
- Résumé (Résumé). Synthétise l'objet, la méthode et les principaux résultats de la recherche.
Idées centrales
- En France, la justice restaurative est un droit reconnu par la loi depuis 2014, mais elle est peu appliquée car elle n'est ni organisée ni diffusée comme une politique publique à part entière.
- Son développement dépend de l'engagement de fonctionnaires, de personnel associatif et de bénévoles qui étendent leur temps de travail, ce qui la rend fragile et exposée à l'usure.
- La plupart des mesures n'aboutissent pas à une rencontre entre la victime et la personne auteure de l'infraction ; la préparation est l'étape centrale et souvent la seule.
- Pour les personnes qui participent, l'expérience fonctionne comme des retrouvailles avec un État qui consacre du temps, de l'écoute et une orientation pratique, après des expériences négatives avec la justice pénale.
- Les effets les plus constants, du moins à court terme, sont la reconnaissance des victimes et la restauration de l'estime de soi des personnes auteures, ainsi que de nouvelles relations sociales.
- Les effets sont surtout individuels : l'entourage proche et la communauté participent peu, et les dimensions structurelles des violences, comme celles de genre, ne sont presque pas travaillées.
- Les évaluations existantes s'appuient sur la satisfaction immédiate et sur des catégories psychologiques, et tendent à surestimer la durée des effets ; des études à plus long terme sont nécessaires.
- Les professionnels et professionnelles en bénéficient aussi, car ces pratiques redonnent du sens à des métiers affectés par la rationalisation du travail judiciaire.
À quoi cela sert dans la pratique
- Que peut et que ne peut pas accomplir une médiation restaurative ou une rencontre de groupe entre victimes et personnes condamnées ?
- Quelles conditions institutionnelles et de financement faut-il pour que l'accès à la justice restaurative cesse de dépendre du volontarisme local ?
- Comment évaluer un programme sans se limiter à la satisfaction des personnes qui participent ou à la récidive à court terme ?
- Quelle place occupent la préparation, l'accompagnement et l'écoute dans les effets que décrivent les victimes et les personnes auteures ?
- Comment le genre influence-t-il qui participe, qui facilite et quels types de faits parviennent à ces dispositifs ?
Termes clés
justice restaurative, France, médiation restaurative, rencontres entre victimes et personnes condamnées, politique publique, évaluation, groupes-projets, administration pénitentiaire, protection judiciaire de la jeunesse, reconnaissance, estime de soi, genre, violences sexuelles, justice thérapeutique, communauté
Utilisée sur le campus
Informations
- Auteurs et autrices
- Griveaud, Delphine; Lefranc, Sandrine
- Année
- 2024
- Éditeur ou source
- Institut des Études et de la Recherche sur le Droit et la Justice (IERDJ), Rapport n.º 20.09
- Type
- Rapport
- Langue
- Français
- Juridiction
- Francia
- Licence
- Derechos reservados